Être grand-mère
Le temps qu'il faut
Chères lectrices, chers lecteurs,
Bon, techniquement, être grand-mère pour moi, ce n’est plus vraiment une nouveauté : ma petite-fille souffle bientôt ses deux bougies. Mais curieusement, c’est seulement cette année que je sens que ça y est, je suis pleinement devenue grand-mère. Pas juste sur le Livret de famille, mais dans l’âme. Une promotion un peu magique, finalement.
Et puis soyons clairs : ce n’est pas un tampon, un certificat ou un statut qui se déclenche automatiquement le jour où un bébé naît. Être grand-mère, c’est un vécu, un lien qui s’invente jour après jour, un attachement qui se tisse lentement. Un rôle qui peut mettre du temps à devenir réel.
Certaines s’y sentent immédiatement à leur aise. Pas moi. Je n’avais aucune envie d’être cataloguée “grand-mère”, parce qu’on sait très bien ce que ce mot traîne encore derrière lui : des chignons serrés (déjà que j’ai les cheveux gris …), des pantoufles, de la disponibilité, des robes tablier, des “oh ma pauvre, tu vieillis”.
Non merci.
Le simple fait qu’on m’appelle “grand-mère” me donnait l’impression qu’on me glissait dans une case qui ne me ressemblait pas du tout — et qu’on m’ajoutait dix ans dans le dos. Pourtant, ma belle-fille avait eu la gentillesse de me laisser choisir mon “nom de grand-mère”, mais à l’usage… je ne l’aime pas du tout, je ne m’y reconnais absolument pas.
Je suis cette grand-mère qui est vraiment entrée dans son rôle quand sa petite fille a commencé à marcher, à parler, à dire des choses approximatives mais charmantes.
Je suis devenue grand-mère le jour où je me suis reconnue dans ce rôle : quand quelque chose en moi s’est ouvert, adouci, réinventé. À mon rythme.
Comment je me définis, moi, en tant que grand-mère :
Je trouve qu’être grand-mère en 2025, c’est un peu comme être un mélange de Mary Poppins, d’influenceuse lifestyle, de coach de vie zen… et parfois de baby-sitter en visioconférence, et moi, j’ai décidé d’inventer mon rôle, pas d’en hériter.
Impossible pour moi d’être la grand-mère qui tricote ou coud des patchworks : je suis nulle en travaux manuels (heureusement que ma mère est là). Je déteste jouer aux jeux de société (elle aura ses parents, ils adorent). Moi, je serai la grand-mère des musées, des médiathèques, des expos, des concerts, celle qui raconte des histoires sur Carmina Burana poussé à fond dans le salon, qui se roule sous la table basse et qui imite le cri des animaux, celle qui va prendre un verre avec ses amis au bar du marché le samedi matin et lui commande un sirop, celle qui fait consigner les souvenirs de la journée par un dessin, un collage ou deux lignes d’écriture, qui offre des journaux intimes, qui invente des recettes de cookies … et des histoires.
Depuis quelques semaines, elle demande à son père de m’appeler en visio le vendredi soir pour me montrer ses “œuvres”. Nous détaillons les dessins, les bricolages ; elle me parle du chat, du chien ; elle fait sauter son père sur le lit et éclate de rire. Le vendredi soir, c’est notre moment et j’en suis ravie. Mais ce n’est pas moi qui prends les photos, ni qui gère les albums — sa maman fait ça très bien. Moi, je me contente de mesurer l’évolution d’une photo à l’autre, un brin nostalgique.
J’ai créé un coin spécial pour ses albums jeunesse juste à côté de la machine à écrire de son arrière-arrière grand-père, dans ma bibliothèque, mon territoire sacré. Elle attrape un livre et vient réclamer une histoire. Ça me va très bien d’être la gardienne de ses histoires.
Je ne vais pas au parc, je ne plie aucune poussette ultra-technique, je ne cours pas après ses petites jambes très déterminées — je ne la vois pas assez pour ça. En revanche, j’ai appris ses chansons cultes : les chansons des fêtes landaises (déplacer le curseur jusqu’à 0:44). Je crie, je danse, je fais des grimaces, exactement comme je le faisais avec mes nièces au grand dam de leurs parents. J’admets que quand elle arrive, elle a un peu peur de moi au début… puis très vite, elle se réhabitue à ce drôle de phénomène qu’est sa grand-mère et m’embarque d’un “ien milie” (“viens mamilie”).
Cette année, je me suis autorisée à être imparfaite.
Les bébés d’aujourd’hui ne mangent pas ce qu’aimaient leurs parents, ils ne dorment pas pareil et ne font rien comme “avant”. Alors plutôt que de me sentir dépassée, j’ai décidé d’en rire. Peut-être que je n’achèterai pas toujours le cadeau stipulé sur la liste de Noël, peut-être qu’elle mangera un peu trop sucré chez moi et même, peut-être, qu’elle regardera les Télétubbies, mais je n’oublierai jamais les prénoms de ses doudous préférés : Mimo et Cakey.
Et vous la grandparentalité, vous en êtes où ?
Je vous embrasse
Nathalie.


Je ne sais pas quelle grand mère je serai mais une chose et sûre, je ne suis pas pressée du tout de le devenir. Ceci dit je comprends parfaitement qu’on puisse mettre du temps à se sentir grand-mère. Cela renvoie à tellement de choses…
Je ne sais pas si tu me donnes envie d’être tout de suite une bonne maman - c’est ainsi que je souhaite que mes petits enfants m’appelle , en souvenir de mes bonne maman chéries , mais tu m’as donné bien envie d’être ta petite fille . Une mamilie comme toi , ça doit être super chouette .