Les souvenirs
Chère lectrice, cher lecteur,
Hier, je suis retournée sur les terres de mon enfance.
Il y avait dans l’air quelque chose d’étrange et de familier à la fois, comme si le temps avait décidé, l’espace d’une journée, de ne plus avancer.
Bonjour,
Je suis Nathalie LONGEVIAL, romancière, éditrice externe et coach en écriture. Bienvenue dans ma newsletter : “From Baiona with love”. Ici, j’écris en one shot, c’est-à-dire sans relecture. C’est un exercice très différent de celui d’écrire des newsletters en ayant un programme de publication. Ici, j’écris ce qui me passe par la tête à l’instant T, en m’obligeant à ne pas relire pour ne pas me censurer. Il reste peut-être des fautes ou des coquilles, j’espère que vous ne m’en tiendrez pas rigueur.
Ma mère conduisait et à près de cinquante-huit ans, je me suis retrouvée dans la peau de l’enfant de huit ans que j’ai été (avec toutefois des conversations que je n’aurais pas osé tenir à cet âge-là).
Nous sommes retournées voir les maisons de mes grands-mères. Elles avaient toutes deux les volets fermés. L’herbe avait envahi les massifs qui autrefois faisaient leur fierté, mais les maisons étaient là, silencieuses, immobiles, mais habitées encore par des voix que personne n’entend plus. Devant ces portes, j’ai retrouvé des morceaux de moi-même : le parfum de la tarte aux fraises cuites et celui de la crème Alsa, vite faite, bien faite, les mains qui rassurent, les étés qui semblaient durer toute une vie, les courses poursuites dans l’escalier, les mains sales d’avoir fouillé dans la terre. J’ai entendu les rires de mes cousins et de ma cousine et les battements de mon coeur lorsque nous prenions la barque pour traverser le Lot (ce qui était formellement interdit).
Nous sommes allées à “la plage”, celle des bords du Lot où mes parents se sont rencontrés et où je passais mes après-midi d’adolescente avec mes amis de l’été. J’ai repensé à Monsieur Lajoie, le boulanger, et à Monsieur Moureux, le boucher, à Mme Furbeyre qui venait regarder la télévision chez mes grands-parents et qui parlait sans arrêt, nous empêchant de suivre le programme, à Mme Delvalle et à l’escargot décoratif, aujourd’hui disparu, posé sur la façade de la maison. Nous sommes passées devant chez Mr Martin, et devant chez le charcutier et même devant le café où avait été tourné Le chef de famille par Nina Companez, une série que j’avais adorée.
Ces personnes et ces lieux ordinaires sont devenus, sans le savoir, les piliers d’un monde aujourd’hui disparu. Quand on est enfant, on croit que ces visages feront toujours partie du décor. Que ces lieux ne disparaitront jamais. Mais la boulangerie est redevenue une maison, la charcuterie a tiré le rideau et les voisins de Maminette n’existent plus. Alors, un jour, on comprend que ce sont eux qui tenaient ensemble la mémoire d’une époque et d’une innocence.
Nous avons continué tout droit, tourné à gauche puis à droite, et sommes arrivées au cimetière pour m’arrêter un instant sur les tombes de ces gens qui ont traversé ma vie. Et étrangement, je n’y ai pas trouvé seulement de la tristesse. J’y ai trouvé une forme de paix. Comme si le chagrin, avec les années, finissait par devenir de la tendresse. Je sais qu’ils n’ont pas vraiment disparu. Ils vivent encore dans mes gestes, dans mes mots de patois qui surgissent parfois, dans mes souvenirs, dans ce que nous transmettons sans même nous en rendre compte. Il y avait quelque chose d’apaisant à leur parler en silence, à leur dire que je me souvenais d’eux et que je les aimais toujours.
Devant notre première maison, celle où notre famille a commencé à exister, j’ai retrouvé, cachés sous les pierres et dans les touffes d’herbe, nos joies simples, nos peurs minuscules et nos rêves immenses. Une maison ne garde pas seulement quatre murs et un toit ; elle conserve aussi les éclats de rire, les disputes, les départs précipités, les retours tardifs, les portes qui claquent et les silences aussi.
J’ai revu l’école maternelle où sont allés mes enfants, puis l’école primaire. Et là, le temps s’est mélangé. Je ne savais plus très bien si j’étais la petite fille d’autrefois ou la mère que je suis devenue. Peut-être les deux en même temps.
Je suis passée devant chez Sandra et Nathalie, parce que la jeunesse nous laisse des fidélités invisibles. Certaines personnes ne nous accompagnent que quelques années, mais elles restent accrochées à notre histoire comme des lumières qu’on aperçoit encore de loin.
Les souvenirs sont parfois des traîtres. Ils surgissent sans prévenir, au détour d’une rue, d’une odeur, d’un portail entrouvert. Ils nous rappellent ce que nous avons perdu, et ce que nous avons été. Ils nous bouleversent parce qu’ils savent exactement où toucher : cet endroit fragile en nous qui n’a jamais ni complètement grandi ni véritablement vieilli.
Vous avez raison : sans doute n’est-ce pas une trahison.
Peut-être que les souvenirs reviennent simplement pour nous rappeler que notre vie a des racines profondes, des jours heureux, des gens aimés, et qu’au fond de nous, malgré les années, l’enfant et le jeune adulte que nous étions continue doucement de marcher à nos côtés.
Je vous embrasse
Nathalie
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Rendez-vous à Héyo : mon best seller aux plus de 4000 lecteurs, noté 4,5 par plus de 1350 lecteurs.
La maison sur la place : une suite à Rendez-vous à Héyo (moi, je le préfère)
Un tango pour Doro : Un roman historique qui vous plongera dans la guerre d’Espagne et la Retirada. D’après l’histoire vraie des grands-parents de mon époux, réfugiés espagnols qui ont fui la dictature de Franco (mon préf)


Que c'était bon de faire ce chemin avec toi, quand je le fais seule ça n'a pas le même goût, partager des souvenirs les rend plus vivaces
Quelle magnifique balade tu viens de nous faire faire 😍😍😍